Même si je viens de sauter allègrement dans la quarantaine le mois dernier, ce n'est pas de moi dont il s’agit mais d’une jolie petite fraise aux allures de fraise des bois.
Cette petite fraise était cultivée dans la commune de Prin Deyrançon entre Niort et La Rochelle. Elle a failli disparaître après avoir connu un grand succès dans les grands restaurants parisiens à la fin du 19 ème et début 20 ème siècle.
« Au XIXème siècle, la commune était à vocation essentiellement viticole et suite à l'invasion du phylloxéra (1881-1885) beaucoup de familles ont consacré un lopin de terre à la culture de cette fraise. C'est le sol tourbeux du Marais Poitevin et notamment les pourtours des tourbières alcalines de Prin qui donne à cette fraise son parfum inimitable qui lui permit de conquérir les salons parisiens. Ces sols étaient également très recherchés pour certaines cultures maraîchères : asperges, melons, oignons, artichauts et quelques « vedettes » comme le fameux haricot blanc ou « mogette » du Marais.
A la saison, les femmes et les enfants des ouvriers agricoles avaient la tâche très physique, véritable casse dos, de récolter cette fraise minuscule dans de petits paniers en osier contenant une livre de fraise, améliorant ainsi leurs modestes revenus.
Les petites fraises à peine ramassées, un véritable commerce organisé se mettait en place pour qu'elles partent fraîches sur Paris par la gare de Prin. Cette expédition vers Paris a été grandement facilitée par la création de la ligne de chemin de fer Paris-La Rochelle et de la création de la halte de Prin qui s'ensuivit en 1895.
Elle était vendue aux Halles sous le nom de Quarantaine de Prin principalement aux grands restaurants parisiens où elle était servie avec du champagne sous le nom de fraise des rois.
La 1 ère guerre mondiale signe la disparition économique de la Fraise de Prin.
Cette fraise est référencée dans l'inventaire du patrimoine culinaire de la France - Région Poitou-Charentes (Ed. Albin Michel). » (Extrait du billet sur Blog-Appétit du 25 mai 2005)
Jusqu’à présent, une seule personne la cultivait pour réaliser une de ses spécialités « la confiture de Quarantaine ». Sa production tourne autour de 200 kg de quarantaine seulement sur juin.
Cette personne nous a donné des plants.
Tous les ans, notre production augmente. Cette année, malgré la pluie qui a noyé le jardin à plusieurs reprises, la Quarantaine semble résister aux intempéries et mûrir doucettement sous les rares apparitions du soleil.
la Quarantaine doit faire face également à un petit rapace : Antonin, le plus jeune des Mijoteurs, adore aller picorer dans le jardin.
Il est actuellement en vacances, ses parents ont enfin pu goûter à la fraise de Prin de l'année 2007...